10 ans du Fonds Marie Louise Monnet — Action catholique des milieux indépendants (ACI)

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10 ans du Fonds Marie Louise Monnet

Découvrez la vie de Marie-Louise Monnet, fondatrice de mouvements d'Action Catholique, 1ère femme auditrice laïque au Concile Vatican II, soeur de Jean Monnet, un des pères fondateur de l'Europe.
Comment vivons-nous la pertinence de l’apostolat des milieux ? Comment vivons-nous notre responsabilité de baptisé dans l’Église ? Comment cela interroge nos responsabilités actuelles dans le mouvement ?

Le Fonds Marie-Louise Monnet fête ses 10 ans en 2025 !

 

A l'occasion des 10 ans du Fonds Marie-Louise Monnet, nous vous invitons à découvrir 3 interventions sur :

       - Marie-Louise Monnet, fondatrice de mouvements d'Action Catholique, par Florence Rennesson

Marie-Louise est née à Cognac le 25 septembre 1902 et décédée le 2 novembre 1988 à Tours.

Elle était une femme célibataire et laïque.

Elle est la dernière de 4 enfants d’une famille de négociants en cognac.

Dans sa jeunesse, elle a reçu une éducation ouverte sur les questions du monde avec des contacts fréquents, confiants avec des étrangers.

Elle privilégie l’accueil, l’attention et la disponibilité.

Elle était attentive à voir loin, à voir large, aux dimensions du monde et de l’Eglise.

 

Elle ne possède pas de diplôme.

Elle se présentait comme une femme ordinaire : « non je n’ai pas de hautes fonctions, j’ai des grandes responsabilités, il faut des gens qui acceptent de grandes responsabilités. »

Elle était une femme réaliste et concrète et peu portée sur les spéculations purement intellectuelles. Comme son frère Jean disait de leur mère : « elle se méfiait des grandes idées, elle voulait savoir ce qu’on allait en faire ».

 

1, Marie-Louise va à Lourdes pour réfléchir à l’orientation de sa vie, en 1931

Marie-Louise Monnet cherchait une orientation, elle était en attente pour sa vie, mais aussi elle était attentive à ce qui se passait autour d’elle

A 29 ans, le 1 octobre 1931 elle va à  Lourdes pour réfléchir à l’orientation de sa vie. 

Elle se trouve nez à nez avec un pèlerinage de jeunes ouvriers de la JOC, en habits de travail qui proclamaient leur volonté d’évangéliser eux-mêmes les jeunes ouvriers.

Marie-Louise Monnet dit que ce qu’elle faisait jusqu’alors, s’est brisé en morceaux sous ses yeux. Et elle a vu un spectacle inattendu,

Elle a reçu ce spectacle comme un bouleversement de ses habitudes et un appel à changer d’orientation et elle a pris au sérieux cet appel.  

Si les ouvriers s’évangélisent eux-mêmes, que lui restait –il à faire ?

Ce choc la marquera pour toujours et elle ne cessera d’en parler.

Ce qu’elle faisait se brisait sous ses yeux, il lui restait à faire ce que proclamaient les jeunes ouvriers, ils voulaient évangéliser leurs semblables, Marie-Louise Monnet entend un appel à évangéliser ses semblables qu’elle nommera la bourgeoisie, les classes moyennes, les riches.

Elle va consacrer sa vie à l’évangélisation du milieu social qui est le sien en prenant en compte toutes les dimensions de la vie de ce milieu.

 

2, Les différents mouvements d’Action Catholique

De cette rencontre avec les jeunes de la JOC naîtra la JICF : des jeunes filles de la bourgeoisie qui s’occupaient des autres vont s’occuper d’elles-mêmes.

« Les milieux existent côte à côte et pas les uns au dessus ou au dessous des autres,  nous ne faisons pas de la sociologie, nous sommes chrétiens. Nous sommes différents, mais nous sommes frères il n’y a ni supérieurs ni inférieurs. »

C’est un point important dans l’absolu. C’est un point important dans l’histoire de l’Action Catholique, l’ACI est née de la JICF et la JICF est née de la JOC.  Dès le début M.L.Monnet a su ce qu’elle devait à la JOC, dès le début c’est avec les responsables de la JOC, grâce à eux, qu’elle a précisé ses intuitions, posé les bases du mouvement qu’elle fondait, pris sa place dans la mission de l’Eglise.

MIAMSI : qui l’a initié, comment ?

Ces mouvements contribuent aussi à changer la société par la transformation des mentalités.

Voici deux exemples : les conventions collectives et la législation sur le travail des employés de maison, la création et l’extension du réseau Accueil des Villes Françaises, doivent beaucoup à la réflexion et à l’action de membres de l’ACI.

 

3, La valeur et le sens de la vie quotidienne : l’Action Catholique

Marie-Louise Monnet adhère pleinement à cette intuition de l’Action Catholique : penser la mission non pas d’abord à partir de nos questions ecclésiales mais à partir des appels du monde contemporain. L’Eglise ne peut comprendre sa mission qu’en se laissant décentrer par le Christ.

Voir, juger, agir, selon les maitres mots et les trois étapes de la démarche de l’Action Catholique. Elle n’a pas inventé l’Action Catholique, elle sait qu’elle a reçu.

=> C’est la volonté de se donner les moyens de rejoindre tous les hommes et toutes les femmes et tous les âges.

 

4, Sa vocation : évangéliser ses semblables des milieux indépendants

Cette lettre I, initiale d’indépendant est parfois difficile à définir autrement que par défaut, ni ouvrier, ni agricole, elle désigne ceux qui, dans la société, ont une certaine forme de pouvoir et d’influence par leur éducation, leurs relations, leurs responsabilités…

Pour Marie-Louise, les milieux, c’est le lien le plus fort qui relie les personnes entre elles, le plus permanent, le plus résistant aussi, même lorsque l’on s’en défend.

ML disait aussi que ce I est aussi l’initiale de trois forteresses que ce milieu oppose à la pénétration de l’Evangile : l’inconscience, l’individualisme, l’installation. Richesses et limites. »

Ce sont ces 3 I qu’il s’agit de convertir.

Comment ?

-Transformer nos mentalités, nos comportements, nos jugements, nos habitudes, tous ces domaines de notre vie qui inspirent, souvent inconsciemment, nos actes, nos choix, nos décisions.

-Savoir regarder notre milieu de vie avec bienveillance, esprit critique et lucidité nous aide à regarder de la même manière jusqu’aux cultures qui nous sont les plus étrangères.

Il ne s’agit pas de séparer les classes sociales mais plutôt d’observer la vie concrète, la culture, les mentalités, les valeurs et les limites communes à chaque milieu et de susciter de l’intérieur des militants, des apôtres, pour une transformation des personnes mais aussi pour une transformation collective. »

-Il suffit d’un peu d’attention aux événements et aux personnes, à leurs manières de faire et de dire pour voir que celles-ci sont très différentes selon l’histoire, l’éducation, la culture dans lesquelles chacune a grandi et vécu. Nous sommes baignés dans une certaine culture, avec des manières de faire et de penser, des mentalités, une éducation qui ne sont pas universelles, que nous n’en sommes ni responsables, ni prisonniers mais que tout cela nous façonne.

 

Cela nous invite à mieux se connaitre et s’ouvrir aux autres milieux et cultures. Se reconnaitre d’un milieu, c’est accepter de ne pas s’être fait, de ne pas se faire seul.

Il est essentiel, vital pour les personnes comme pour les sociétés, de savoir faire dialoguer les différences.

       - Marie-Louise Monnet et l'Eglise universelle, par Micheline Poujoulat

Pour Marie-Louise faire partie de l’Eglise est un état de fait, une réalité et la réalité ne se discute pas. 

Elle raconte qu’un jour, elle a huit ans, sa mère lui annonce qu’elle fera sa première communion à la prochaine fête de Pâques, parce que le Pape le veut.

En effet, en 1910, le Pape Pie X publie un décret recommandant la communion précoce des enfants.

Parce que le Pape le veut, voilà les mots qui marquent la petite fille de huit ans, les mots qu’elle retient, ce lien entre elle et le Pape qui lui paraît naturel.

 L’Eglise est une réalité dans la vie de Marie-Louise, très jeune elle participe aux activités paroissiales, anime les patronages, comme les jeunes filles catholiques de son âge et de son milieu.  

Elle est aussi immergée dans les réalités du monde

Dans les réalités du commerce international, son père négociant en Cognac  rencontre et reçoit beaucoup de clients étrangers. 

Et dans les réalités de la politique mondiale, en séjour à Genève, chez son frère Jean secrétaire général adjoint de la Société des Nations, après la guerre de 14-18, le spectacle des délégués réunis en assemblée générale l’interroge sur la mission universelle de l’Eglise.

Je la cite : Je m’interrogeais au sujet du peu de place faite par les catholiques à cette vie internationale dont je n’entendais jamais évoquer l’importance et l’enjeu apostolique ni dans ma paroisse ni dans le diocèse (...) pourquoi les catholiques ne sont-ils pas présents à ces travaux qui façonnent le monde de demain ?

Toute sa vie, elle reste proche de son frère Jean, de quatorze ans son aîné, elle est, comme lui, réfléchie, ouverte aux autres, attachée aux réalités concrètes et déterminée à agir pour le bien commun.

 

Marie-Louise a toujours voulu voir large, pour elle l’Eglise est de tous les continents. Sur tous les continents, dans toutes les sociétés des milieux aux mentalités différentes sont présents. Elle se préoccupe très tôt de cette dimension dont notre aumônier nous parlera. 

 

Marie-Louise est respectueuse de la hiérarchie de l’Eglise, dès qu’un texte est publié par le pape, il faut l’étudier, bien le comprendre et voir comment le mettre en pratique. Elle respecte les décisions des évêques dont elle reçoit responsabilités et nominations. 

Elle insiste pour que rien ne fasse en JICF ou en ACI sans l’accord de l’évêque du lieu.

Ce respect va de pair avec une grande liberté. Elle respecte les décisions de la hiérarchie mais il paraît qu’il lui arrivait, lorsque elle le trouvait nécessaire, de faire le siège des antichambres de quelques évêques qui la trouvaient bien insistante et un peu encombrante.

 Elle respecte titres et honneurs mais ils ne l’impressionnent pas et ne la détournent pas de son but : être apôtre, annoncer l’Evangile à ceux dont elle est proche et dont elle partage, mentalités, langage, qualités et défauts.  

 

Un jour, un jeune prêtre admire en sa présence le dynamisme des laïcs qui s’interrogent sur leur responsabilité dans la vie internationale, elle lui répond du tac au tac :

Serait-ce que le sacrement de baptême et celui de la confirmation seraient devenus sans signification et sans portée pour l’Eglise ?

Nous ne savons rien de la réaction du jeune prêtre, c’est bien dommage ! 

 

Tout au long de sa vie elle rencontre prêtres, aumôniers, évêques,  cardinaux, nonces et pape en toute simplicité,  dans une chaleureuse convivialité et une grande liberté. 

Responsable de l’ACI et du Miami, quand elle allait à Rome, elle ne manquait pas de porter au Pape Jean XXII,  qu’elle avait connu nonce à Paris, les fromages qu’il aimait, on peut imaginer qu’il y avait quelque flacon de cognac Monnet.

 

 A l’annonce du Concile Vatican II, le bureau l’ACI décide que le mouvement ne peut pas être absent de cet événement, un événement dont le général de Gaulle dira qu’il est un des plus importants du XX siècle.

En octobre 1962, dès l’ouverture de la première session, Marie-Louise installe donc une permanence à Rome. Elle est accompagnée de prêtres et d’amis et de Guite et Alain Galichon, Alain est accrédité auprès de la salle de presse du Vatican.

Dans l’appartement du Trastevere, toujours soucieuse de sa mission, elle reçoit à sa table les délégués et les prélats du monde entier, elle crée les liens avec les milieux indépendants d’Italie, d’Amérique latine, de Madagascar, liens d’où naîtra le Miamsi.

Cette liberté, cette simplicité sont dues à son caractère, un caractère bien trempé  et à son éducation, une éducation à la confiance et à la responsabilité. 

Elle qualifie sa famille de bonne catholique pas étouffée de dévotion.

Voila qui donne le ton, Marie-Louise n’est pas étouffée de dévotion, ni de  dévotion ni d’autre chose d’ailleurs, ancrée dans le concret, elle aime la vie, elle  est chaleureuse, bonne vivante, elle aime l’Eglise, elle est libre. 

 

Mais son assurance, sa liberté lui viennent avant tout d’une réalité et d’une conviction, réalité et conviction qui guident toute sa vie :

La réalité c’est son baptême et la conviction c’est que ce sacrement lui donne une mission. 

Baptisée, elle est membre de l’Eglise et par ce baptême elle a une mission d’Eglise. 

Le baptême est le  sacrement qui fait de tous les baptisés des apôtres appelés à témoigner de l’Evangile

 

Lorsque à quelques jours de fêter ses trente ans elle s’interroge sur son avenir, elle part en pèlerinage à Lourdes et là, elle reçoit le choc fondateur de sa vocation.

Jusqu’à sa mort en 1988 à 86 ans, elle parle du choc de Lourdes qui a bouleversé sa vie.

Ce choc de Lourdes la renvoie à son milieu, réoriente sa vie.

 De ce jour elle n’évangélisera plus les ouvriers qui le font entre eux, elle se consacrera à ceux qui lui ressemblent, dont elle est proche et solidaire, à son milieu que, faute de mieux, nous qualifions d’indépendant.

 

Et pour cela, son baptême lui suffit.

Elle tire toute sa dignité, toute sa légitimité, toute sa force du baptême.

Ce sacrement qui nous fait prêtre, prophète et roi. 

 

J’appelle de temps à autre Elisabeth Croquison, « une grande dame » aujourd’hui je suis un peu inquiète, à 101 ans elle ne répond plus au téléphone, mais, il y a peu, elle me racontait pour la sept ou huitième fois l’histoire suivante :

Jeune fille, Elisabeth voulait « être apôtre », elle cherchait des communautés religieuses où vivre ce qu’elle considérait comme sa vocation, sur les conseils d’un aumônier, elle va rencontrer Marie-Louise qui lui dit :

Je n’ai pas besoin de tout ça mon baptême me suffit.

Cette rencontre et ces paroles ont changé la vie d’Elisabeth.

 

Son baptême a suffit à Marie-Louise, comme à Elisabeth d’ailleurs, elles en ont tiré les conséquences, toutes les conséquences.

Dans l’Eglise, les laïcs ont une mission propre que personne ne remplira à leur place.  

Cette mission se vit en lien étroit avec tous les autres membres de l’Eglise, les évêques, les prêtres, les religieux, les religieuses cloîtrés ou non  

La réalité est appel de Dieu disait Marie-Louise,  donc les laïcs sont les premiers évangélisateurs de ceux qu’ils rencontrent, ceux avec lesquels ils vivent,  travaillent, voyagent, partagent mentalités, soucis, bonheurs au jour le jour.

Comme St Paul qui maintient le lien avec les premières communautés chrétiennes par des visites, des lettres, Marie-Louise maintient les liens entre les équipes naissantes, réunit les responsables qui déploient des trésors d’imagination pendant la guerre de 39-45 par exemple, pour faire circuler les documents ou les personnes entre la zone libre et la zone occupée. 

Dans l’enthousiasme de cette mission, elle chante les merveilles de Dieu.

 

Avec un peu d’inquiétude et un brin d’espièglerie peut-être, fidèle à sa liberté de parole, elle se demandait si tous les prêtres croyaient à la vocation des laïcs.

Elle posait cette question avec une certaine malice, une réponse solennelle viendra le 20 septembre1964, lorsque le pape Paul VI la nomme auditrice au concile Vatican II.  Elle est la première femme laïque nommée à ce poste et cette nomination fera grand bruit, très vite d’autres femmes laïques viendront la rejoindre. 

Les auditrices participent avec détermination et compétence aux travaux des commissions et contribuent à la rédaction des documents sur la vie religieuse, la famille, l’apostolat des laïcs. 

Le travail de Marie-Louise et des autres auditrices laïques au Concile mériterait une étude spécifique. 

 

Depuis  le choc de Lourdes, depuis bientôt un siècle, beaucoup de choses ont changé.

L’Eglise, la société, les familles, les moyens de communications, la vie quotidienne ont évolué.

Nous ne parlons plus avec les mêmes mots, ou le sens des mots n’est plus le même. 

L‘étude des comptes-rendus d’équipes accumulés dans les archives de l’ACI, une véritable mine d’or, témoignerait de l’évolution des mentalités de nos milieux dans la société, et dans l’Eglise ; elle dirait les efforts constants pour repérer nos mentalités, adapter au fil du temps nos vies quotidiennes à l’Evangile.

Cette étude serait un travail passionnant mais titanesque. 

 

Les efforts pour méditer la Parole, nous adapter aux réalités de la vie et au message de Jésus-Christ sont toujours à faire et nous voulons les faire.

L’extraordinaire c’est que le message de l’Evangile lui ne change pas et qu’il est toujours nouveau !

 

Que pouvons-nous retenir du message de Marie-Louise pour notre vie de chrétiens, de laïcs, aujourd’hui ?

 

1, La grandeur du baptême et le désir d’être apôtre  

Etre apôtre, témoin de l’Evangile est une conséquence directe de notre baptême, ce n’est pas une option dont le chrétien pourrait se dispenser. 

Suivant les époques, les générations, les situations il y a bien des manières différentes de remplir cette mission.

C’est donc qu’il nous faut toujours approfondir notre recherche, et adapter nos manières de faire et de vivre.

C’est une mission à vivre avec tous les membres de l’Eglise dans la compréhension et la méditation de la Parole, dans la prière, les sacrements.   

 

2, La réalité, la réalité est appel de Dieu disait Marie-Louise

Là où nous sommes, dans ce que nous vivons, Dieu nous appelle et aujourd’hui nous sommes dans un monde où être chrétien ne va pas de soi.

Je cite Marie-louise :

L’intérêt porté à la vie ordinaire, cette vie de tous les jours, comme lieu où se révèle l’action créatrice et rédemptrice de Dieu, était tellement nouveau pour nous qu’il faudra beaucoup de patience et de temps pour en obtenir des échos.

 

 En 1932 à Lourdes, Marie-Louise est renvoyée à son milieu, aujourd’hui le Pape nous envoie aux périphéries.

Je ne veux pas parler à sa place, mais je crois que Marie-Louise ne manquerait pas de nous inviter à  réfléchir,  être dans notre milieu et aller aux périphéries, ce paradoxe n’en est peut-être un qu’en apparence.   

L’intuition première de la JOC ramener au Christ leurs frères deviendra celle de toute l’Action catholique spécialisée, peut-être aujourd’hui pourrait-on reformuler et commencer par

chercher le Christ présent chez nos frères qu’ils se disent ou non proches du message évangélique ?

Déjà Marie-Louise disait  Il ne s’agissait pas de rechercher des conversions individuelles mais d’imprégner l’atmosphère que nous respirions de la saveur de l’Evangile (P ; 48)

 

3, Le milieu, les milieux

Nous faisons tous partie d’un milieu dont nous sommes solidaires, un milieu que Dieu aime et qui n’a jamais fini de s’imprégner de l’Evangile de Jésus-Christ.

Il paraît, on dit souvent un peu partout, que les milieux n’existent plus, que ce sont de vieilles lunes inutiles. 

Est-ce si sûr ? Ecoutons Marie-Louise et regardons un peu autour de nous, il n’y a pas toujours loin à aller. 

Je cite Marie-Louise :

En dehors de son monde où exercer son apostolat ?

Le milieu social est le lien le plus fort, qui relie les personnes entre elles, le plus permanent, le plus résistant aussi, même lorsque l’on s’en défend.

Mais cette réalité fait tellement partie de notre vie, nous est si intérieure, si familière qu’il faut du temps pour l’identifier, la reconnaître, l’accepter, l’apprécier et lui donner son vrai sens . ....

C’est le milieu social qui engendre et donc précède tous les autres liens de la vie, tous les choix et initiatives d’un ensemble de personnes dans le monde. Ce qui se mettra en œuvre comme pastorale d’évangélisation sans tenir compte ou en ignorant le milieu social n’atteindra jamais les personnes au plus profond d’elles-mêmes, là où doit s’opérer la rencontre authentique, décisive avec le Christ.

C’est là que l’Esprit Saint est à l’œuvre et opère la conversion des cœurs. Les riches, dont nous sommes, entendront-ils son message ? P. 93    

(P 130) Spontanément on accueille dans l’autre ce qui nous dérange le moins !  En fait on perd tout,  parce que ce qui nous dérange c’est cela qui nous fait grandir.

 

Marie-Louise a tenu sa place, modeste, unique et essentielle dans l’Eglise de son temps et elle nous laisse plus d’une piste pour tenir la nôtre aujourd’hui.

A nous de chercher avec patience, avec sérieux, avec enthousiasme et confiance. 

 

       - La dimension internationale dans la vie de Marie-Louise Monnet, par Jean-François Petit

1, Les origines familiales

Une ouverture internationale dès l’origine :  Issue d’une famille de négociants à Cognac, d’origine terrienne, qui n’empêche pas de bonnes études. Son père connait l’allemand. Il est engagé dans les sociétés de secours mutuels mais surtout il voyage beaucoup pour l’époque : en Allemagne, Suède, Russie… ll pratique aussi une table ouverte avec des gens de l’Angleterre, Allemagne, Scandinavie, Amérique…    

Un frère ouvert à la dimension internationale :  Jean, le frère ainé (puis Gaston, Henriette et Marie- Louise) part à 16 ans pour 2 ans à Londres puis Canada, Suède, Russie, Chine…Il est une forme d’autodidacte, que son père incite à observer les mœurs des gens qu’il rencontre.

La guerre de 1914 : elle accentue les brassages. Elle permet de découvrir les immenses possibilités de l’action commune concertée. Mais il faut qu’y règne d’un climat de confiance. Jean anticipe à la création du Comité allié des transports maritimes. Son frère est convaincu en 1918 de la nécessité d’une coopération économique pour favoriser la paix

Convictions initiales :

1) mener des choses ensemble à grande échelle ;

 2) la réflexion ne peut être séparée de l’action.

 « Considérer l’exposé du problème dans son ensemble et à la lumière de l’intérêt général » (J. Monnet, Mémoires, p. 97).

 

2, Les apprentissages de l’entre-deux guerres

La nécessité d’une structuration internationale : A 30 ans, Jean Monnet est adjoint au secrétaire général de la SDN, sir Eric Drummond. Il participe à la remise en place un système international délabré. Il travaille notamment auprès de Léon Bourgeois, président du Sénat et délégué français à la SDN. Sa gouvernance est faite par un Conseil de 9 Etats ; l’assemblée de la SDN ne comporte que 47 nations. C’est déjà une forme de souveraineté commune limitative, de mise en place d’un tribunal arbitral (affaire de la Silésie, de la Sarre…) pour une paix d’égalité, installer une « routine de la coopération ». Marie-Louise est témoin de ces recherches mais aussi de leur échec dans la course à la guerre.

La nécessité de trouver un équilibre personnel :  en 1923, Jean Monnet démissionne de la SDN pour s’occuper des affaires familiales, réorganiser la maison. Il la fait gérer par des cousins. Il entre dans une firme d’investissements américains, Blair and Co. En 1928, il participe à la stabilisation l’économie polonaise puis en 1929 en Roumanie. En 1929, il est banquier pour Blair à San Francisco. Il essaye de relever les débris du trust suédois Krüger. En 1933, il vit à Shangaï. En 1936, il vit à New York, se rend compte de l’impuissance de la SDN. En 1938 , il rencontre Daladier qui ne comprend pas qu’Hitler ne s’arrêtera pas, rencontre Roosevelt qui s’engage à vendre des avions : « il n’y pas de paix sans coopération internationale et sans prospérité économique ». Pendant ce temps, Marie-Louise cherche sa voie, écoute en 1931 les témoignages de la JOC à Lourdes, lieu international par excellence, voit la fondation de la JICF. La naissance de l’ACI murit.

 

Une conviction de fondation  : «Tout est possible dans les moments exceptionnels, à condition que l’on soit prêt, que l’on ait un projet clair à l’instant où tout est confus » (J. Monnet, Mémoires, p. 167).

 

3, La Seconde guerre mondiale et la reconstruction

L’engagement américain : en 1940, Jean Monnet part à New York. Il conseille Roosevelt sur la France. En 1943, il quitte les USA pour l’Afrique du Nord pour le compte des USA. Il observe la rivalité entre De Gaulle et Giraud soutenu par les Etats-Unis. Il assiste à la création du Comité français de Libération nationale. La France, encore très rurale, se « déprovincialise » en s’ouvrant aux réalités internationales

L’engagement européen et mondial : en 1946, Jean Monnet inspire le plan de modernisation de l’économie française soumis à De Gaulle. Il obtient avec Léon Blum le soutien des USA dans la reconstruction. Mais l’Europe se cherche. Marie-Louise Monnet a des contacts dans toute l’Europe, à cause aussi des expatriés français. Elle constate que les barrières culturelles, économiques, politiques, douanières, religieuses restent nombreuses. Comment s’y prendre ? Pour sa part, elle participe à la création des organisations catholiques internationales, notamment de développement. C’est la période des prêtres Fidei Donum (1957) et de la mise en place des formes de coopération.

Conviction de cette période : « De la solution du problème européen, dépend la vie de la France ». (Jean Monnet, 1944)

 

4, l’apogée du Concile Vatican II et la vie comme « citoyenne du monde »

Un « aggiornamento » de l’Eglise : le Concile Vatican II (1962-1965) est convoqué par Jean XXIII (Mgr Roncalli) en 1961 mais sera achevé par Paul VI. L’un et l’autre souhaitent passer d’une attitude défensive (relent d’antimodernisme avec l’affaire Humani generis en 1950 sous Pie XII) à des développements sur la révélation, l’Eglise, les sacrements, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, la liberté religieuse dans le monde,…

La place de Marie-Louise au Concile : elle est l’une des rares femmes auditrices au Concile à la 2e session en 1963. Pour le philosophe Jean Guitton, lui aussi invité comme laïc, il y a la « nécessité d’adapter l’Evangile à l’humanité, de rendre sa vérité plus profonde, plus sincère ». Il ne s’agit pas tellement un apport de choses nouvelles mais une nouvelle manière de les dire. La catholicité de l’Eglise (son universalité) est expérimentée de façon très concrète. C’est peut-être « l’événement de sa vie ». Elle fait partie du groupe qui reçoit officiellement le 18 novembre 1965 le décret sur l’apostolat des laïcs et, par la suite, le message du Concile aux femmes

La naissance du MIAMSI : Les Organisations catholiques internationales sont présentes au Concile, appelées à suivre les travaux et à y apporter leur contribution. Le jeune bureau du MIAMSI tient sa première assemblée générale lors d’une des sessions conciliaires en 1964. Paul VI exprime sa joie de voir tant de personnes venues de tant de pays « réunies autour de Mademoiselle Marie-Louise Monnet ». Il déclare « c’est par le commun effort de tous les baptisés que le Concile portera des fruits ». Marie Louise, qui voyageait déjà (Madagascar, 1961 ; Sénégal, 1962 ; Argentine, 1962…), voit son rôle d’organisatrice internationale s’accentuer comme présidente du MIAMSI en 1964

Sa conviction : « la JICF, l’ACI, le MIAMSI ont une originalité qui leur vient de leur racine dans l’Eglise (…) Restons fidèles à notre vocation, gardons notre originalité, réfléchissons à ses caractéristiques essentielles. Elles se situent autour de deux pôles : évangélisation d’un milieu sociale et sens de l’Eglise » (M.-L. Monnet, Avec amour et passion, p. 249)

 

ici vous trouverez le flyer de présentation du Fonds Marie-Louise Monnet

ici vous trouverez la présentation de Marie-Louise Monnet

 

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