Discerner
Soit autour de la spiritualité ignatienne, ancré dans la relecture de vie ; soit à partir de repères de signes des temps à analyser, sous l'inspiration de l'Esprit dans nos vies.
Le discernement en question
Avec l'intervention de :
- Marie-Laure Rochette, Enseignante en pastorale à l’Institut de pastorale catéchétique de l’Institut catholique de Paris
- Philippe Royer, Co-Fondateur du réseau Cléophas Sens & Performance ; entrepreneur, auteur de « S’engager pour le bien commun », conférencier ; ancien président des EDC
> Repérons les signes des temps à analyser
Nous sommes dans un changement majeur dans les signes des temps
Nous sommes dans une mutation et dans un changement d’époque. Pour discerner, Philippe Royer souligne l’importance de comprendre le changement d’époque afin d’analyser les informations. Les causes ne sont pas traitées mais les effets.
Avec quelles lunettes regardons-nous ?
Est-ce qu’on regarde ce monde avec les lunettes de "tout est foutu" ? ou, est-ce qu’on regarde avec espérance ou émergence du monde ?
Quelque chose se termine, quelque chose commence. Il faut s’emparer de ce qui est nouveau, de ce qui va émerger car plus il y a de désespoir dans le monde, plus l’espérance des chrétiens doit être démultipliés.
L’espérance est ce qui reste quand il n’y a plus d’espoir. S’emparer et traverser ce monde ténébreux car nous avons une soif de lumière, ce qui fait que nous sommes capables de traverser ces chamboulements.
Pour discerner, il faut revenir à cette réalité pour prendre les moyens nécessaires. Nous avons besoin de personnes qui s'engagent pour transformer le monde.
Dans une société individualiste, la somme des individualismes ne fera jamais le Bien Commun. Plus j’ai de bien, plus j’ai peur de les perdre, donc moins j’envie de donner, au point de refuser tout discernement. Le problème c’est qu’on a envie que le monde change mais que ce soit les autres qui changent le monde.
La vraie question est-ce que j’ai envie d’être un vrai acteur du monde qui change personnellement pour changer le monde pour qqch de plus grand ?
2 dimensions :
- 1. Le projet collectif, à retrouver des acteurs du monde : se réunir pour changer le monde. Le cœur doit être ouvert pour opérer des changements. Comment je m’arrête pour discerner pour opérer, mieux me donner au monde ? C’est une prise de conscience de l’engagement ;
- 2. La prise de conscience de la liberté, pourquoi je ne bouge pas ? Quand l’individu est divisé dans sa dimension personnelle, professionnelle, familiale. On finit par avoir plusieurs vies. On devient des individualistes. Il s’agit d’une perte de liberté. Le diviseur c’est le malin. Il y a besoin de retravailler l’unification de notre vie et la liberté des biens matériels. On a notre dose de matérialisme, et on en veut plus. Cela coupe de notre action (80%). Les gens vont discerner sur 3%. Ils sont tenus par le système et ils n’ont pas pris leur liberté. Chacun autojustifient ses besoins avec une forme de cohérence et désespérance de ne pas croire que les enfants ne vont pas se déployer. L’important est de leur révéler leur talent et qu’on leur donne des clefs pour exercer dans le monde. Ce n’est pas acheter des quantités de biens matériels.
=> Est-ce que cela m’empêche de me déployer et de devenir cet acteur-là ?
Reprendre en main ma liberté par rapport à cela, l’enjeu c’est de donner. Retrouver la joie de donner, si je donne, je retrouve le chemin de l’abondance.
Evoluer dans la modernité, dans la réalité du monde
Il faut :
-de la vérité,
-vivre dans le temps réel,
-arriver à dépasser un passé qu’on n’arrive pas à dépasser, déconstruire un passé,
-arrêter de vivre dans le passé et arrêter d’être dans une fuite du futur pour d’autres, on réfléchit aux perspectives du futur,
-réapprendre à vivre le temps de présence,
-réhabiter le temps présent
Discerner pour aller vers le Bien Commun
Aller vers les plus fragiles, ils m’ont amené énormément dans mon discernement. J’étais à l’école des pauvres.
L'un exprime : "Est-ce que vous êtes là pour moi ou pour vous ?"
C’est une très bonne question. Il m’a révélé que j’avais ma part d’orgueil, je n’étais pas au service. J’allais en effet pour faire le bien, cela m’a fait du bien, ils m’ont révélé mes vulnérabilités.
Si on ne les traverse pas, cela va nous empêcher les plus grands discernements, par rapport à cela, ces personnes fragiles m’ont fait ces cadeaux-là :
devenir amis du pauvre, pour arrêter la condescendance qui est la mienne.
Accepter qu’il va m’apporter autant que ce que je vais lui apporter.
=> Est-ce que je suis prêt à écouter les personnes qui me dérangent ?
Ce sont ces personnes qui nous font grandir dans notre discernement.
=> Est-ce que je suis ouvert à tout ce qui me dérange ?
pour avoir + d’informations pour discerner.
Si vous voulez rencontrer le Christ, on peut le rencontrer le pauvre.
A chaque fois qu’on devient ami avec un pauvre, cela va changer notre vie.
Il y a des choses qui m’ont été offertes pour être nourrie, pour discerner et je ne vais pas les prendre. On ne peut changer la société avec des euros, c’est par la gratuité et l’amour qu’on changera la société. Les chrétiens ont à jouer à cela. Imaginez qu’une personne aide une personne etc. Le problème : on est tétanisé.
Mon discernement m'a amené à la sobriété heureuse
L’enjeu du discernement est de comprendre qu’on a tout reçu et de s’arrêter de s’agiter.
Quand on est baptisé, on a tout reçu par la grâce du baptême, et pourtant on va s’agiter à essayer de ressembler à une vitrine, égo.
On oublie d’être nous-mêmes, d’être à l’écoute de nos envies.
Pour progresser dans le discernement : dimension de l'âme, le coeur et le corps
=> Pour vivre un discernement embarquant, il faut repartir du souffle, c'est-à-dire l’âme. Il faut partir de ce à quoi on se sent appelé par rapport à cela. Il faut repartir de cette dynamique.
=> Réouvrir le cœur, comme le monde est dur, les cœurs sont fermés, le point d’inflexion d’un bon discernement c’est une âme qui donne un souffle, et un cœur ouvert qui donne des envies. Il faut réouvrir le cœur pour réallumer les envies profondes du cœur, à quoi, qu’est-ce que l’amour m’invite à faire/à vivre ? Si je pars de cette âme et de ce souffle, je vais pouvoir allumer le cerveau avec sa part d’intelligence rationnelle et sa part d’intelligence émotionnelle. Cette part rationnelle va me dire en quoi ce souffle et cette envie est pertinente dans mon discernement. Je vais pouvoir analyser la pertinence. Si je commence par le cerveau il y a un bug. Il va me manquer ce pour quoi je suis appelé sur à être cette Terre. Le cerveau part de la généralisation et des convictions. L’étape suivante mon cœur est ouvert, mon intelligence émotionnelle est ouverte, je sais en quoi cela va être pertinent, mon cœur est ouvert, en plus je sais comment m’adresser aux autres, c’est bien parce que mon cœur est ouvert qu’on devient un être de relation et que l’amour va circuler au milieu de ça.
=> Par le corps, je vais oser cette mise en mouvement du corps car il est important d’avancer. 80% des gens commencent par le corps, on est une société de volontarisme, de surperformance, c’est le culte du corps, on est dans le culte du volontariste. Il faut faire tomber la notion du volontariste, cérébrale (notion de conviction), trop de cœur ouvert (sentimentaliste) émotion excessive. Cela on a reçu 80% de cela. On a des êtres perdus qui s’attache à être vertueux. Les gens ont envie de bien faire. St Thomas d’Aquin dit que la vertu est un magnifique talent. C’est vraiment le repositionnement : quels sont les talents que j’ai reçu du Créateur ? il faut s’arrêter pour prendre conscience et s’émerveiller que j’ai tout reçu du Créateur. Cela va nous détendre : on a reçu l’essentiel. Rendre grâce d’avoir tout reçu, je n’ai plus beaucoup à discerner de ce que je vais devoir faire, cela va m’être révélé par la providence. C’est beaucoup plus beau, beaucoup plus doux. Il va m’être révélé dans la providence, il va vous être révélé des choses beaucoup plus grande que ce que celles que vous pouvez imaginer : c’est la marque de Dieu. La marque de Dieu quand il rencontre un cœur ouvert, c’est de permettre quelque chose de bien plus grand que ce qu’il aurait pu donner. J’aurais jamais imaginé être …. Etc. C’est la marque de Dieu, on doit juste faire disponibilité : et pour ce faire disponibilité, il faut que notre cœur qu’on pense ouvert, on prenne la mesure qu’il n’est pas ouvert. Il est peut être ouvert à 30%, il faut l’ouvrir à 100%, on ne va plus discerner, c’est Dieu qui va nous révéler. Et là la peur. L’abondance vient simplement de Dieu, quitte à ce qu’elle change toute la vie, en mieux que ce que j’aurai imaginé. Mon ego lutte et le cœur reste fermé par rapport à cela. Est-ce que je suis prêt à ouvert mon cœur pour que cela m’amène à des choses déraisonnable ? aller ouvrir et être disponible à ce que Dieu vous amène à des choses que vous n’auriez pas prévu à ça, que vous n’auriez pas pu intellectualiser mais qui nous sont révélé. Quand on est sur ce chemin, on arrête de vouloir s’inventer un extraordinaire, on se rend compte que notre ordinaire devient notre extraordinaire. Une vie réussie c’est que chaque jour je vive de la providence avec un ordinaire qui devient extraordinaire, c'est-à-dire qu’il faut que je retrouve le sens de l’émerveillement pour aimer.
> L'outil de discernement ignatien
Il s’agit d’un moment de jonction entre la relecture et le discernement. La relecture est un temps que l’on s’offre, un temps que l’on se donne, un temps que l’on prend.
C’est un temps que l’on s’offre pour réfléchir et prendre la mesure de ce qu’on est en train de vivre. La relecture, c’est une expérience à vivre. On n’est pas une démarche intellectuelle, c’est avant une expérience. C’est une démarche spirituelle, qui inscrit quelque chose au fil du temps.
A quel moment la pratique de la relecture a commencé, qu’est-ce que cela a inscrit au fil du temps ?
Cela nous façonne, c’est aussi un espace de liberté. Nous avons des choix à faire : des choix de vie certains jours. Il y a des moments importants, décisions, choix à prendre. Il est important d’insister sur la liberté, cela ne permet pas de subir. Dans la relecture et le discernement, j’ai un temps pour exercer ma liberté dans ce choix. Je sors du subi. Une chance pour discerner le réel, mon désir profond. Qu’est-ce que j’ai fait ?
Qu’est-ce qu’il m’arrive ?
Objectivement qu’est-ce qu’il s’est passé ? je remémore les faits très objectivement.
En quoi cela m’affecte ?
Qu’est-ce que ça m’a fait ?
Quel est l’impact des faits à l’intérieur de moi ?
Qu’est-ce que j’en fais ?
Comment est-ce que cela s’est passé, l’attention que j’ai porté à ce que cela m’a fait, va me permettre de grandir ?
Qu'est-ce que j'apprends quelque chose sur moi ? sur l’autre ? sur mon fonctionnement ? ma façon de traverser les difficultés ? d’être dans une croissance, grandir ?
L'expérience et l'émotion : dans la relecture, c’est difficile de faire la relecture sans attentions aux émotions. Regarder comment cela m’a façonné ? au fil du temps vous devenez plus fluide dans la façon de nommer vos émotions. Même si on est cultivé, on est pauvre dans la nomination des émotions. C’est au cœur de cette attention, à l’intérieur de moi, que va se jouer le discernement ignatien.
Au commencement, une expérience personnelle : « récit du pèlerin » livre de St Ignace sur son expérience. Il est frappé par St Dominique. Il explique qu'il vit une alternance de pensées entre la fille et aller à Jérusalem. Il se rend attentif à l’alternance de pensées. Il observe ce que ça laisse comme trace à l’intérieur de lui. Son propos est de l’observation : les faits et qu’est-ce que cela me fait ?
L’action de décisions, il y a quelque chose à faire qui amène à discerner : une parole à prononcer, cette action de décision : Ignace appelle l’ « élection ». C’est un réel travail sous la motion de l’Esprit Saint, ce n’est pas moi avec moi. Pour Ignace c’est fondamental, il va s’agir de déterminer ce qu’est la volonté de Dieu dans les situations concrètes qui se présentent à moi. Dieu a-t-il une volonté particulière sur chacun de nous ? on va tenter de discerner quel est le projet de Dieu ? qu’est-ce que je vais choisir qui va aller dans le plan de Dieu ? le piège est d’imaginer que tout est pré-écrit. Dans ce livre "Prier 15 jours avec Ignace de Loyola" : « c’est en effet sous le regard de Jésus qu’il convient de considérer nos propres vies et de se demander ce pour quoi nous sommes faits et appelés », il s’agit d’une question de notre propre vocation personnelle.
Le discernement en 5 étapes, un processus qui s’inscrit dans un temps long :
1. Se mettre au clair sur ma finalité : ce qui est le plus en avant de moi : me projeter sur très long terme, vocation d’homme ou de femme : inviter à formuler : comment est-ce que j’écrirais quelle est ma finalité ? ce qui est essentiel pour moi ? j’écris ce que j’ai prié, j’énonce : aujourd’hui, j’écris ce pour quoi je suis envoyée dans le monde.
2. Clarifier un dilemme : quelque chose qui pourrait être bon des deux côtés et en même temps, il demande à aller dans l’équilibrage des alternatives. Comment je peux poser les deux alternatives de façon positive ? rédiger les termes de l’alternative de manière positive.
3. Identifier les attracteurs et les forces contraires. C’est une phase essentielle de travail sur soi. Remettre les plateaux de la balance à l’équilibre. Se mettre en disponibilité intérieure pour valider autant l’alternative A que B. Suis-je ouverte à l’une ou à l’autre équivalemment pour servir ma finalité ? L’enjeu est que je sois disponible autant que possible à la proposition A que la proposition B. Etre dans une disponibilité intérieure. La décision va m’être inspirée par l’Esprit et non par mes préférences à moi. Toutes les deux vont me permettre d’être dans un processus de réalisation de ma finalité.
4. Délibérer (importance de l’intelligence émotionnelle). Prendre un recul suffisant pour instruire un « procès intérieur ». Si à la fin de la phase 3 une issue se dégage avec évidence : la choisir. Si aucune issue ne se dégage avec évidence, je rends attentif à l’intelligence émotionnelle, observer à ce que je ressens durablement pour avancer et pouvoir poursuivre l’exercice. Si c’est inspiré par l’Esprit, cela produit des bons fruits. Tentateur, séducteur : cela ne produit pas des bons fruits, goûter aux bons fruits lorsque je me tiens dans la proposition A et les fruits dans les fruits de la proposition B. Jamais dans la précipitation.
5. Choisir et écouter comment cela se confirme : c’est à cette étape où je vais goûter les fruits. Soit une confirmation intérieure : je suis dans la paix, dans la joie : un regain d’énergie. Confirmation par ceux qui me connaissent bien. Confirmation par l’opportunité.
Ce que Dieu attend de toi, ce n’est pas que tu choisisses telle ou telle voie qu’il aurait prévue de toute éternité pour toi, c’est que tu inventes aujourd’hui ta réponse à sa présence et à son appel.
Dieu n’a d’autre désir que de consacrer notre liberté.
Retrouvez :
ici "Dieu a-t-il une volonté particulière sur chacun de nous ?" sj Michel RONDET
ici le support de présentation de l'outil de discernement ignatien
Retrouvez ici : Comment mieux regarder le monde autour de nous ?