Poème Sr Ghislaine Côté, religieuse de Notre-Dame du Cénacle, qui a cotoyé Arcabas
Photo prise par François Desmoulière
À Lyon, sur la colline de Fourvière, la maison des soeurs du Cénacle s’ouvre sur un tableau de lumière : le « cénacle » du début des Actes des Apôtres, selon le peintre Arcabas. Cette mise en scène et en couleurs a été réalisée en 2005 pour le deuxième centenaire de la naissance de Thérèse Couderc, fondatrice de la Congrégation Notre-Dame du Cénacle.
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Source de l'Image : François Desmoulière
ARCABAS – La Pentecôte – Notre Dame du Cénacle – Lyon (France)
La Parole faite chair en Jésus a terminé sa course.
Jésus vient de passer le relais.
Les compagnons du commencement sont là,
Dans la chambre haute.
Rassemblés avec Marie, les femmes, les frères,
Ils sont dans un temps suspendu.
Un espace qui est tous les espaces.
L’Esprit qui abolit tous les murs est le nouvel espace.
La prière est à jamais leur demeure. Ne reste que l’horizon d’or où crépite un ciel festonné de braises.
Nous sommes au Premier acte de ce livre des Actes des Apôtres où Luc va dérouler leurs équipées fabuleuses grâce à l’Esprit.
Lors de toutes leurs incursions intrépides, ils resteront enracinés dans ce définitif et perpétuel premier acte : demeurer, d’un même coeur, dans la prière avec Marie.
Autour de Marie, la tête enveloppée du bleu nuit de la foi, le Vivant-Absent qui les habite à jamais
Les a revêtus de sa « grâce aux mille couleurs ».
Ces hommes et ces femmes, sur une Parole crucifiée,
Ont cru que Dieu venait les consoler et les réjouir.
La peur les a désertés. La joie leur a déplié l’âme.
A l’avant-scène, le disciple d’un blanc incandescent
Est magnifié par la foi toute neuve qui éclate.
Le Vivant-Absent est là dans la flèche
De leurs mains jointes qui indiquent où trouver l’essentiel.
Il est là dans leur regard tourné vers le dedans
Ou à l’horizon de leurs yeux étonnés.
Au coin du mystère se profile pour toujours
le ravissement, intime ou plus exubérant.
Quand Dieu tient promesse, dansent les regards.
Dans cette frise d’une aurore toute neuve,
Des hommes, des femmes, lourds d’une Présence, sentinelles qui crèvent les limites de tous côtés,
Débordent jusqu’à nous.
Cette scène tient sur un axe.
Le livre vient de s’ouvrir à fleur de terre.
Il faut s’incliner pour se hisser à sa hauteur
et savourer la Parole couleur de lait et de miel.
Alors qu’ils sont à eux tous un grand livre ouvert,
Poème aux notes serrées qui se déroule.
Tellement colorées qu’elles sont parfumées du Soleil.
L’Église de chair et d’Esprit vient de naître.
L’Église sur laquelle le Ressuscité vient de livrer son souffle. L’Église palpitante et fragile comme la chair des hommes et des femmes.
Le monde est là.
Le monde qui les attend est déjà là dans le faisceau de leurs corps et dans la bigarrure de leurs différences paisiblement offertes au regard.
Il est là dans cette flamme-signe allumée au rayonnement de Marie.
Le monde comme Dieu rêve les siens :
Singuliers, pluriels et égaux.
Et pleuvent sur le monde des copeaux de rubis tandis que brille une flamme de réveil. Bougie qui a raison de la nuit et épèle l’Amour jusqu’aux confins du monde.
Tout s’est apaisé.
Nous sommes à l’aube du nouveau monde.
Moment d’une tranquillité souveraine.
Juste avant que s’enclenchent
Tous les actes de la Parole à venir.
Leur foi matinale leur laisse sur le visage une infinie certitude :
Il nous attend sur le rivage.
Marie nous y conduit. Elle connaît la traversée.
Le bleu chatoyant de la mer vers laquelle appareille ce vaisseau d’or est resté accroché à sa robe.
Revêtus d’arc-en-ciel, ces rescapés du tsunami de la Passion qui avait emporté leur espérance avec leur Bien-Aimé, tiennent par une Femme.
Vigie intérieure qui les conduit au port de leur désir.
La Promesse du Père s’est faite feu dans leur coeur,
Éclat dans leur regard, vent sur leurs lèvres.
Habités par elle, ils sauront enfanter l’avenir.
Sr Ghislaine Côté
Religieuse de Notre Dame du Cénacle
25 janvier 2007