Accueillir des non-chrétiens
Préparation au mariage avec couples mixtes, préparation au baptême, funérailles, lieux de travail, école, groupes autour de l’écologie…
Quelques préalables pour bien préciser les termes de la question.
Conseil Pastoral de l’ACI - Luc de Saint Basile
Le 14 octobre 2024
De plus en plus, dans nos groupes et différentes activités, nous sommes amenés à rencontrer et travailler avec des personnes qui ne sont pas chrétiennes.
Préparation au mariage avec couples mixtes, préparation au baptême, funérailles, lieux de
travail, école, groupes autour de l’écologie…
Quelques préalables pour bien préciser les termes de la question.
Comment accueillir des non-chrétiens dans nos groupes et nos activités ?
1.“Non chrétien“ est un négatif qui peut recouvrir une grande variété de situations :
-Des athées purs et durs, laïcs intransigeants rationalistes ou scientistes inconditionnels (de moins en moi nombreux), aujourd’hui transhumanistes…
-Des personnes qui se sont éloignées de la religion par défaillance de transmission ou par manque d’intérêt. Il est certain que la génération des années 1970 et suivantes, qui avaient eu une éducation chrétienne traditionnelle, et souvent obligatoire, a parfois hésitée à imposer à leurs enfants le même type d’éducation, en laissant souvent les grands-mères le faire. De plus beaucoup avaient du mal à répondre à la question de leurs enfants du “pourquoi croire ? “ qui ne se posait pas auparavant. Enfin il y a tous ceux qui sont en froid avec l’Eglise institution.
La génération des 50/80 ans se reconnaitraient facilement dans la posture du philosophe André COMTE-SPONVILLE. Juste pour le situer, ce philosophe français est né en 1952 ; passé par la JEC à la fin des années 60 (de nombreux hommes et femmes qui sont en politique ou dans des syndicats aujourd’hui sont passés par des mouvements d’AC dans leur jeunesse !), puis militant communiste, il revendique comme beaucoup aujourd’hui une recherche spirituelle à la fois nourrie et détachée de la tradition chrétienne. Voici ce qu’il disait : “Je suis entré en terminale encore catholique, quoique déjà sceptique, et j’en suis sorti athée (…). Désormais bien que toujours athée, je suis hanté par la question de Dieu (…). J’ai découvert qu’il est possible de vivre une expérience spirituelle sans référence à un Dieu transcendant. Cette spiritualité s’appelle d’un mot de toujours, la sagesse…Je veux être aujourd’hui – autant que cela m’est possible – un athée fidèle aux valeurs du christianisme (…). “ (Interview dans le journal La Vie le 22 avril 1993)
-Des croyants d’autres confessions chrétiennes, protestants (luthériens, réformés et évangéliques), orthodoxes, sans oublier les Eglises d’Orient (coptes d’Egypte, maronites, melchites, arméniens…)
-Les personnes qui se réfèrent à différentes sagesses venues d’Asie (bouddhisme, confucianisme, taoïsme,) ou d’Afrique (animisme…), et toutes les spiritualités venues des Etats Unis rattachées aux pratiques du développement personnel.
-Enfin des juifs ou des musulmans de plus en plus présents, un islam religieux ou culturel, des islams…
2.“Accueillir“. Il y a aussi beaucoup de manières d’accueillir :
Il est facile de se retrouver pour partager un thé à la menthe avec des musulmans mais j’imagine que, dans des équipes d’ACI, on cherche à aller un peu plus loin. Et par essence, la foi chrétienne ne peut pas être gardée pour soi, elle est faite pour être partagée. C’est ce qu’on appelle la mission de l’Eglise (le mot “mission“ étant piégé aujourd’hui et certains préfèrent parler “d’activité missionnaire“, d’“évangélisation“, ou d’“apostolat“ (apôtre = envoyé).
Jésus (à la différence de Mahomet) n’a pas voulu transmettre un “petit livre“, des écrits pour devenir chrétien. Il a simplement appelé des hommes à le suivre qui, eux-mêmes, ont témoigné à d’autres la joie de devenir disciples du Christ.
Ce qui est sûr c’est qu’on n’a pas la foi dans en naissant. Il faut donc que quelqu’un décide de transmettre sa foi ; mais il faut aussi croiser sur notre route des témoins de l’évangile pour rendre crédible à nos yeux le fait de devenir chrétien (et pas uniquement ses propres parents).
Dans le même temps nous reconnaissons que la foi est d’abord une grâce, un cadeau de Dieu, dont nous ne sommes pas les seuls responsables. Certains nous dirons qu’ils ne se sont jamais sentis appelés à croire et cela ne les empêche pas de vivre avec des valeurs judéo-chrétiennes. Et pour ceux qui se sont posés la question un jour, il reste la liberté ou non de répondre, en conscience, à cet appel de Dieu. Et la foi, qui est une grâce reçue, fait de nous des témoins à notre tour. On est appelé pour témoigner et c’est à Dieu d’appeler et de convertir.
Alors comment comprendre notre rôle de témoin dans cet accueil des autres non-chrétiens ?
Si la question de l’accueil de non chrétiens dans nos groupes se pose aujourd’hui alors qu’elle ne se posait pas avec la même acuité il y a quelques décennies c’est un effet de ce qu’on appelle la sécularisation (la sortie d’une société chrétienne), conjugué au développement de la mondialisation qui a brassé les hommes, leurs cultures et leurs différentes religions au sein du continent européen (différent pour les autres pays où le christianisme n’était pas majoritaire).
Mais c’est aussi parce que la compréhension qu’a l’Eglise elle-même de sa mission a changé et évolué.
L’Action Catholique a toujours été comprise comme une nouvelle manière d’être missionnaire ; on la classe habituellement dans la catégorie des “mouvements apostoliques“. Non pas “Ad gentes“, vers des peuples étrangers à évangéliser, mais en rapport et dans son propre milieu. Et même au sein de l’Action Catholique le sens qu’on donne au mot “mission“ a évolué au cours du temps.
Certains restent encore convaincus qu’il faut nécessairement être baptisés et chrétiens pour être sauvés (aux origines de l’A.C., “nous referons chrétiens nos frères“) mais, cette conception des choses qui a inspiré beaucoup de missions au 19ème et début du 20ème siècle est un peu dépassée. Dans ce sens, l’accueil et la rencontre n’aurait pour but que la conversion de l’autre (on ne parlera alors de l’accueil des musulmans qu’en termes de conversion) ce qui reste un accueil très déséquilibré, prosélyte et marginal. Modèle de la pierre entourée d’un message qu’on lance au loin, libre à celui qui le désire de la ramasser (modèle de l’évangélisation sur internet).
D’autres, au nom de la tolérance, affirmeront que nous avons tous le même Dieu et que chacun est libre de penser et de croire ce qu’il veut, mais alors est-ce encore nécessaire de se rencontrer ?
Les textes “officiels“ du magistère de l’Eglise sont aussi les témoins de l’évolution de la manière de comprendre sa mission. Et, sans vouloir faire une disgression hors de propos, il n’est pas inintéressant de picorer quelques éléments dans différents textes magistériels pour mieux comprendre comment l’Eglise, au cours des dernières décennies, a elle-même redéfinit son rapport au monde et plus particulièrement vis à vis des non-chrétiens.
Pour cela je vais partir du concile Vatican II avec son décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise “Ad gentes“ (1965) suivi dix ans plus tard par la très belle exhortation apostolique de Paul VI “Evangelii nuntiandi“ (1975) et enfin la lettre Encyclique de Jean Paul II Redemtoris Missio (1990) qui nous donne quelques clés pour mieux comprendre l’évolution de la pensée.
Le texte de Vatican II, qui sera âprement discuté pour être finalement voté tout à la fin du concile, va d’abord situer la mission dans le projet salvifique de Dieu pour le monde : Ainsi “l’activité missionnaire n’est rien d’autre, elle n’est rien de moins que la manifestation du dessein de Dieu, son épiphanie et sa réalisation dans le monde et son histoire, dans laquelle Dieu conduit clairement à son terme, au moyen de la mission, l’histoire du salut“ “ (AG 9)
En essayant de dépasser la mission définie jusqu’ici en termes de territoires appelés “missionnaires“ et qui dépendaient alors du dicastère “De Propaganda fide“ “ Congrégation pour la propagation de la foi“ (une définition qui ne reposait que sur l’administration pontificale, la curie romaine, et qui sera dissoute en 2022), le concile a voulu dépasser cette notion juridique et administrative pour l’ancrer dans le projet salvifique de Dieu pour tous les hommes, et donc dans l’essence même de l’Eglise : “L’Eglise, afin de pouvoir présenter à tous le mystère du salut et la vie apportée par Dieu, doit s’insérer dans tous ces groupes humains du même mouvement dont le Christ lui-même, par son incarnation, s’est lié aux conditions sociales et culturelles des hommes avec lesquels il a vécu. “ (AG 10).
Et dans le paragraphe qui suit : “Pour qu’ils puissent donner avec fruit ce témoignage au Christ, ils (les chrétiens) doivent se joindre à ces hommes (les non-chrétiens) dans l’estime et la charité, se reconnaître comme des membres du groupe humain dans lequel ils vivent, avoir part à la vie culturelle et sociale au moyen des diverses relations et des diverses affaires humaines ; ils doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses, découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées. “ (AG 11).
Les débats sur la mission ne se sont pas arrêtés après Vatican II, notamment à cause des différentes manières de concevoir la place de l’Eglise dans le monde. Vatican II avait clairement acté que l’Eglise est “sacrement du salut“ dans le monde (“un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain“ Lumen Gentium 1). Mais, si le schéma du décret est basé sur un modèle Dieu-Eglise-monde, beaucoup refusaient alors de concevoir la mission comme une simple “implantation de l’Eglise“ en ne reproduisant dans les pays missionnaires que des copies des Eglises occidentales.
Les nouvelles conceptions préféraient dire Dieu-monde-Eglise, en s’appuyant sur le schéma développé par Gaudium et Spes, notamment à travers le discernement des signes des temps.
Paul VI dans sa première encyclique Ecclesiam suam (1964) puis son exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (1975) va alors situer la parole et l’œuvre de l’Eglise dans un dialogue mené avec toutes catégories d’êtres humains au milieu desquels elle vit. Il inscrivait ainsi la catégorie du “dialogue“ comme une catégorie théologique avec laquelle il relit l’histoire de Dieu à l’humanité. “ L'Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L'Eglise se fait parole ; l'Eglise se fait message ; l'Eglise se fait conversation. “ (ES 67).
Selon la dynamique d’Ecclesiam suam, la mission consiste donc à servir “la conversation de Dieu avec les hommes“. “ L'histoire du salut raconte précisément ce dialogue long et divers qui part de Dieu et noue avec l'homme une conversation variée et étonnante. (ES 72)), ce qui suppose de parler leurs langues, d’où l’appel à ce travail théologique et à ces pratiques pastorales d’inculturation de la foi chrétienne en toutes cultures.
Une culture du dialogue et de la rencontre reprise et pratiquée par notre pape François aujourd’hui (qui cite souvent Paul VI dans ses déclarations) et qui essaye, dans tous ses déplacements, de rencontrer et dialoguer avec des responsables religieux non-chrétiens, souvent suivi d’une déclaration commune. Il invite aussi fréquemment les chrétiens à pratiquer eux-mêmes la rencontre et le dialogue avec des non-chrétiens plutôt que de se lancer dans des débats théologiques ou philosophiques pour chercher des positions communes. (cf. pratique du mouvement St Egidio pour bâtir la paix).
Enfin Paul VI invite aussi les acteurs de la mission à être des “témoins“, reprenant là une expression clé de l’évangile de Luc et des Actes des Apôtres : “ L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres – où s’il écoute les maîtres -, c’est parce qu’ils sont des témoins. “ (EN 41)
Dans une visée plus trinitaire qui a caractérisé les années post conciliaires Jean Paul II dans son encyclique sur la mission, Redemptoris missio, va repartir de l’apport de Paul VI “On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation“ (EN 75) et déployer cette conception dans son chapitre III, “ l’Esprit Saint protagoniste de la mission. “
Un chapitre qui se conclue ainsi : : “ L’Esprit se manifeste d’une manière particulière dans l’Eglise et dans ses membres ; cependant sa présence et son action sont universelles, sans limites d’espaces ou de temps. Le concile Vatican II rappelle l’œuvre de l’Esprit dans le cœur de tout homme, par les “semences du Verbe“, dans les actions même religieuses, dans les efforts de l’activité humaine qui tendent vers la vérité, vers le bien, vers Dieu. […] La présence et l’activité de l’Esprit ne concernent pas seulement les individus, mais la société et l’histoire, les peuples, les cultures et les religions. […] C’est encore l’Esprit qui répand les “semences du verbe“, présentes dans les rites et les cultures et les prépare à leur maturation dans le Christ. “ (RM n° 28).
La conception de la mission n’est plus désormais celle d’une annonce évangélique sur un terrain “vierge“ mais le porteur de l’évangile du Christ doit aussi être disponible à “écouter la voix de l’Esprit“ déjà à l’œuvre dans les peuples vers lesquels il est envoyé.
Jean Paul II va aussi recentrer résolument le message à annoncer sur le Christ, seul médiateur entre Dieu et l’humanité.
Il décrit ainsi l’objet de la mission : “L’annonce a pour objet le Christ crucifié, mort et ressuscité ; en lui s’accomplit la pleine et authentique libération du mal, du péché et de la mort ; en lui, Dieu donne « la vie nouvelle », divine et éternelle. Telle est la Bonne Nouvelle qui transforme l’homme et l’histoire de l’humanité et que tous les peuples ont le droit de connaître. Cette annonce doit être faite dans le contexte de la vie de l’homme et des peuples qui la reçoivent. Elle doit également être faite avec une attitude d’amour et d’estime envers celui qui écoute, dans un langage concret et adapté aux circonstances. “ (n° 44)
L’objet de l’annonce n’est donc pas un message mais une personne, Jésus le Christ mort et ressuscité. Et ce qui est en jeu n’est pas de transmettre une “connaissance“, mais de faire l’expérience dans sa vie d’une véritable libération, d’une nouvelle “naissance“ ; c’est ce qu’on appelle le salut.
Souvenons-nous du premier geste de St Pierre tel qu’il est décrit dans les Actes des Apôtre au chapitre 3. A l’infirme qui mendie à l’entrée du Temple il répond : « De l’or et de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche ! » (v. 6).
Enfin Jean Paul II nous invite comme Paul VI à entrer en dialogue avec les autres avec humilité : "Le dialogue n'est pas la conséquence d'une stratégie ou d'un intérêt, mais c'est une activité qui a des motivations, ses exigences et sa dignité propre : il est demandé par le profond respect qu'on doit avoir envers tout ce que l'Esprit, qui 'souffle où il veut', a opéré en l'homme. . . Les autres religions constituent un défi positif pour l'Eglise d'aujourd'hui ; en effet, elles l'incitent à découvrir et à reconnaître les signes de la présence du Christ et de l'action de l'Esprit, et aussi à approfondir son identité et à témoigner de l'intégrité de la Révélation dont elle est dépositaire pour le bien de tous" (RM, 56).
3. En ACI, l’accueil de la Vie.
Il y a de multiples lieux ou le dialogue peut s’instituer aujourd’hui. Sur le terrain de la charité et du service des pauvres, sur le terrain de la culture et du patrimoine, l’école (enseignement du fait religieux) et l’université…
Pourtant, tous les dialogues ne sont pas forcément fructueux.
Pour ouvrir un dialogue qui porte du fruit il est nécessaire de respecter plusieurs règles fondamentales. Albert Camus a bien résumé les choses lors d’une conférence au couvent des dominicains de Latour-Maubourg, en 1948, où il a dit ceci : “Je n’essaierai pas de modifier rien de ce que je pense ni rien de ce que vous pensez (pour autant que je puisse en juger) afin d’obtenir une conciliation qui nous serait agréable à tous ; Au contraire, ce que j’ai envie de vous dire aujourd’hui, c’est que le monde a besoin de vrai dialogue, que le contraire du dialogue est aussi bien le mensonge que le silence, et qu’il n’y a donc de dialogue possible qu’entre des gens qui restent ce qu’ils sont et qui parlent vrai. “
Et dans un autre article il parle de l’honnêteté qui devrait caractériser tout dialogue authentique : “ L’honnêteté consiste à juger une doctrine par ses sommets, non par ses sous- produits.“
Dennis Gira (ancien professeur et directeur de l’ISTR) qui a beaucoup pratiqué le dialogue religieux jusqu’à se faire reconnaître comme un grand maître dans le bouddhisme définit ainsi l’honnêteté dans le dialogue :
“Par honnêteté, je veux dire à la fois la fidélité à ce qu'on croit, et l'ouverture à ce que croit autrui. Il faut donc reconnaître le droit de son partenaire à être différent — il faut même se laisser toucher par cette différence. Ce point est extrêmement important dans le sens que beaucoup voudraient que dans un dialogue interreligieux le but soit de réduire les différences entre le christianisme et les autres religions. Le résultat en serait une sorte de nivellement par le bas qui viderait et le christianisme et les autres traditions de leur force réelle.
Non, le véritable fruit d'un dialogue authentique vient le plus souvent de la reconnaissance et de la discussion des différences. Il faut donc toujours être prêt à se laisser interpeller, car c'est à travers cette interpellation que nous pouvons purifier et approfondir notre propre foi. Et de la même manière, il faut être prêt à interpeller nos partenaires dans le dialogue. Car eux aussi pourront approfondir leur foi à travers le même processus. C'est sur ce point que beaucoup ont des difficultés. Faut-il demander aux autres de s'expliquer, par exemple, sur des pratiques ou des croyances qui semblent aller à l'encontre des droits de l'homme. Certains diraient non. Mais est-ce que le silence montre alors un vrai respect ? Je pense que non. Dans un dialogue authentique, chacun doit reconnaître que la foi de son partenaire est au moins aussi mûre et aussi forte que la sienne. Si l'on ne part pas de cette base, le dialogue ne peut pas être fructueux et il y manque en fait les deux piliers — le respect et l'honnêteté. “ (Intervention lors d’une journée régionale du MCC du 25 mars 2007)
L’équipe d’ACI est d’abord un lieu de dialogue et, au-delà du dialogue entre chrétiens qui était le plus fréquent dans les équipes pendant de nombreuses années, nous avons la chance aujourd’hui de pouvoir élargir le dialogue avec des non chrétiens. C’est aussi une grâce qui nous est donnée de faire l’expérience que le message du Christ a une vocation à dimension réellement universelle.
Le dialogue n’a donc plus pour objectif de convertir l’autre mais de se situer chacun comme témoin de ce que ce dialogue peut changer dans nos vies.
Car la spécificité de l’Action Catholique c’est justement de partir de la vie qui est un bien commun partagé par tous et non de débats théologiques qui est plus du domaine des concepts et de la pensée.
Avec une méthode propre : contempler/discerner/transformer qui est un réel chemin de foi par et pour la conversion de chacun.
Contempler : il s’agit bien de partir de la vie pour la contempler. Non pas seulement raconter sa vie (c’est toujours un danger d’en rester là !), mais savoir y discerner ces signes de l’Esprit de Dieu à l’œuvre, ces semences du Verbe dont parlent les textes conciliaires.
Ainsi il faut en équipe (et le regard des autres nous y aident) contempler dans nos vies ce qui est vivant, ce qui nous permet d’espérer que des semences du Verbe sont déjà à l’œuvre dans notre monde.
Discerner : En ACI c’est souvent à l’aide de la Parole de Dieu que ce discernement s’effectue, avec le pari qu’elle peut aussi être une Bonne Nouvelle même pour ceux qui ne sont pas chrétiens.
Il y a suffisamment de livres différents dans la Bible pour qu’on arrive à trouver des textes qui peuvent rejoindre chacun, même des non-chrétiens. Mais on peut aussi mettre en parallèle un texte issu d’une autre tradition.
Le théologien Claude Geffré, lors d’un voyage en Chine disait : il faut aborder l’Inde qui est mystique avec le livre des prophètes et l’Asie avec le livre de la Sagesse. Expérience faite en équipe de couples, dont la moitié était constituée de non chrétiens, de partager sur les grandes questions fondamentales qui se posent à tout homme avec les grands mythes de la Genèse (Caïn et Abel, la Tour de Babel, le péché des origines, …). C’est vrai aussi pour certaines paraboles de Jésus qui sont une forme de langage universel.
En faisant attention à ce que la lecture de la Parole de Dieu n’en reste pas à un simple commentaire de texte mais qu’on arrive à partager la manière dont cette Parole me rejoint dans ce que je porte de plus profond en moi, ce qui me fait vivre. Pour mieux le faire saisir j’aime bien cette petite histoire qui circule en Afrique de l’Est.
Une pauvre femme avait l’habitude de se déplacer toujours avec une grosse Bible. Elle ne s’en séparait jamais. Les gens se moquaient d’elle : « Pourquoi toujours la Bible ? Il y a tant d’autres livres que tu peux lire ! » La femme, imperturbable, continuait son chemin, indifférente aux quolibets. Un jour elle se trouva entourée de moqueurs ; élevant bien haut sa Bible au-dessus de sa tête, elle déclara avec un large sourire : « C’est vrai, il existe beaucoup d’autres livres que je pourrais lire ; mais celui-ci est le seul qui me lise ! »
Ainsi la Parole de Dieu peut toucher ce qui est vital et profondément vrai en moi (mon unité inérieure).
Transformer : Après être partie de la vie et discerné ce qui est vivant dans ma vie à la lumière de la Parole de Dieu, chacun peut alors nommer ce qui est vivifiant, la source qui le fait vivre. Et c’est seulement à ce moment-là que le témoignage de chacun peut s’exercer.
Pouvoir dire et reconnaître que l’auteur de cette source vivifiante en moi est Celui qui est mort et ressuscité pour donner la Vie au monde. Car croire en la résurrection n’est pas espérer une autre vie à la fin des temps mais c’est croire, qu’avec Jésus, il y a une manière de vivre qui nous fait échapper à la mort : par Jésus, le croyant devient dès à présent un “vivant“ ; le germe de la vie éternelle est désormais en lui. Et c’est cette source vivifiante qui me donne l’audace de poser des actes, souvent en décalage avec les valeurs dominantes d’une époque, mais porteurs de l’espérance d’une vie plus forte que la mort.
Un témoignage qui nous situe dans la continuité des premiers témoins que sont les disciples et les apôtres de Jésus. Ainsi St Jean dans sa première lettre : “Ce qui était au commencement, ce que nous avons vu, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette vie éternelle. “ (1 Jn 1, 1-3).