Le mot de « paix » se fait entendre dès la nuit de Noël, avec le chœur des anges qui loue Dieu en disant : « Paix sur la terre ! ». Marie vient de donner naissance au Prince de la paix, et nous exultons de joie, durant l’octave de la Nativité, à cause de cette bonne nouvelle de la venue du sauveur. Le 1er janvier nous célébrons sainte Marie, Mère de Dieu, en une solennité qui est aussi la Journée mondiale de la paix.
Dans les vœux que nous échangeons à chaque Nouvel An, la paix se trouve toujours en bonne place. C’est un vœu qui convient en toutes circonstances. Bien qu’il soit constamment démenti par les conflits qui perdurent çà et là dans notre monde, et de manière aussi brutale qu’inattendue, cette année, dès le 3 janvier, par l’intervention armée des États-Unis au Vénézuela : voie de fait, grave en tant que telle, mais alarmante aussi parce qu’elle semble autoriser, voire encourager, d’autres actions du même genre. Dans ces conditions, pouvons-nous encore parler de paix ? Notre espérance ne sera-t-elle pas déçue ?
Le 1er janvier, le pape Léon XIV, devant les pèlerins assemblés à Rome, invitait les fidèles du monde entier à s’engager pour construire la paix. Au même moment, la rencontre œcuménique de Taizé rassemblait à Paris quinze mille jeunes venus de tous les horizons, témoignant qu’un engagement commun est possible, au-delà des différences de langues, de cultures et de confessions religieuses. Pour construire la paix, plutôt que d’armer nos frontières, il nous faut désarmer nos cœurs. C’est bien ainsi que se présente à nous le sauveur de notre monde, le Prince de la paix : désarmé, dans l’extrême fragilité de l’enfant qui vient de naître.
En formulant à votre intention, chers frères et sœurs, au début de cette année 2026, des vœux de paix, je souhaite également que nous soyons ensemble des fidèles engagés dans une paix sans cesse à construire, avec la grâce de Dieu. Sans jamais nous laisser rebuter par les faiblesses et les échecs, sans jamais céder à la tentation de penser que l’espérance, ancrée en Jésus-Christ, pourrait être vaine. À la louange du chœur céleste à Noël, fait écho la salutation du ressuscité de Pâques : « la paix soit avec vous ! ».
Commençons par désarmer nos cœurs, en l’ouvrant toujours plus à la miséricorde de Dieu, dont le cœur aimant redit inlassablement « Dilexi te » : « Je t’ai aimé » (Ap 3,9), qui donne son titre à la première exhortation apostolique publiée par Léon XIV. Tel sera le ressort de notre prière pour la paix, de notre action en faveur de la paix.
Je vous suggère quelques priorités pour répondre à l’appel de notre pape.
L’année jubilaire est achevée, mais nous restons en chemin, comme des pèlerins de l’espérance. L’accueil, la promotion, le respect, le service de la vie (relisons Spes non confundit n°9), constituent un grand défi, alors que le monde politique se soucie davantage de légiférer sur l’euthanasie que de susciter un rebond démographique. Les familles sont attendues pour témoigner, à cause de l’Évangile, d’une radicale confiance en l’avenir !
Les prochaines élections municipales, dans un contexte de crise économique, de doute politique, d’angoisse existentielle, risquent d’aggraver les fractures dans notre société, au détriment du bien commun. En fonction de nos compétences, de nos responsabilités, de nos engagements dans la cité, aidons à discerner les vrais enjeux, à faire des choix qui servent « l’amitié sociale » !
Les plus pauvres, les plus petits, les plus fragiles, risquent encore de faire les frais du marasme ambiant, d’être ignorés, méprisés, ou seulement assistés : malades isolés dans les déserts médicaux, migrants sans papiers ayant épuisé tous les recours, agriculteurs malmenés par des règlementations incohérentes, et tant d’autres situations de détresse. Rappelons sans relâche qu’il n’y a pas de paix sans justice, et que les plus humbles de notre terre sont nos compagnons de route, membres à part entière de cette humanité à laquelle Dieu a manifesté en son Fils tout son amour !
Sainte et heureuse année de paix !
+ François KALIST
Archevêque de Clermont
